Témoignage d'un TCC (Christian Matte)
Moi le plus beau de tous les TCC…. J’aimerais vous faire part de mon cheminement de vie depuis le 10 août 1986.
D’abord, j’aimerais vous parler de ma première vie : je suis né le 1er novembre 1968. En 81, je suis entré au collège Laval à St-Vincent de-Paul et j’ai terminé en 86 mes études collégiales. J’étais un étudiant qui aimait un peu provoquer et qui réussissait très bien. J’étais impliqué en tant que vice-président du comité des sports du collège. J’avais les qualités de « leader » et j’avais beaucoup d’amis.
Lors du fameux dimanche du 10 août 1986, ma vie a basculé complètement. J’ai malheureusement subi un traumatisme crânien suite à un grave accident d’auto qui allait m’hypothéquer pour la vie. Me laissant comme séquelles : pas de mémoire présente (j’ai gardé toute ma mémoire ancienne), des problèmes d’inhibitions, le côté droit de mon corps est beaucoup plus faible et insensible que le côté gauche. J’ai un clonus relié directement avec mon cerveau qui fait bouger ma jambe droite lorsque je suis assis. J’ai un problème à la vue et encore d’autres problématiques. J’ai été 2 mois dans un coma profond, je me suis ensuite réveillé tranquillement. J’ai eu deux opérations dans la tête. J’ai passé 9 mois de temps à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Suite à cela, j’ai été en réadaptation pendant deux longues années.
J’ai fait en tout 16 milieux de vie en hébergement et résidences en 21 ans… Je me sentais rejeté socialement, c’est ce qui est le plus souffrant. J’ai même voulu me suicider.
Avec les intervenants de l’hôpital Juif de réadaptation de Laval et ma famille, on a changé les choses. Et depuis moins d’un an il y a la Maison Martin-Matte qui est venu comme un baume pour ma famille et moi.
Cette maison est très bien adaptée pour tout genre de clientèle y compris les personnes ayant des handicaps physiques. Les lieux physiques me donnent un sentiment d’autonomie étant donné que je peux faire plus de choses par moi-même sans être trop supervisé par quelqu’un. Ça me permet de me sentir plus autonome et responsable. Ma famille et mes amis se sentent bien reçu chez moi (BBQ l’été, salle d’activité etc.) J’ai un téléphone personnel, une grande chambre avec télé, salle de bain. Pour la première fois, je me sens enfin chez moi. Avec les autres résidents, je me sens plus dans une relation de colocation.
Ma famille s’est sentie soulagée de me voir enfin dans un lieu où je me sentais bien et qui est adapté à mes besoins. Il y a deux intervenants en tout temps pour 3 résidents donc ils peuvent répondre aux besoins immédiats des résidents, ça permet l’intégration de chacun et une approche plus personnalisée.
Aujourd’hui, ma vie a changé…. Je me suis fait de nouveaux amis. Je m’implique à la Fondation Martin-Matte une fois par semaine. Je participe à L’AQTC une fois par semaine…. J’ai quelques activités qui me permettent de me détendre et de me découvrir. Je me pose toujours la question qui est le nouveau Christian Matte et où va-t-il, mais il me semble que j’ai de plus en plus de réponses.
La famille, ma foi, le personnel très aimant autour de moi, et surtout ma persévérance m’ont permis de ne pas lâcher depuis 23 ans….
Depuis mon arrivée à la Maison Martin-Matte, je ressens que c’est vraiment moi qui dirige mon bateau et je me sens de moins en moins aller à la dérive.
En conclusion, je travaille sur moi-même pour construire mon propre bonheur et il n’y a que moi qui peut le faire mais je sens qu’ici j’en ai la possibilité.
Amicalement vôtre,
Christian Matte xxx
Autres témoignages
Claudine Lelièvre, TCC
Avant le 29 août 2000:
Quelle belle vie je fais!
Je viens de quitter mon travail, j'étais très fatiguée et je veux profiter de mon temps avec mon conjoint que j'aime. Celui-ci a environ 3 ans à travailler avant de pouvoir prendre sa pension avec moi. Nous avons plein de projets. L'été nous sommes souvent sur nos vélos et l'hiver sur nos skis de fond.
Nous venons de faire l'acquisition d’une maison que nous habitons depuis 4 mois.
Nous sommes heureux!
Le 29 août 2000:
Nous revenons d'une fin de semaine de vélo dans la région de Montréal. À environ 5 minutes de l'endroit où je demeure, un accident de voiture va complètement changer ma vie.
Après le 29 août 2000:
Je me réveille à l'hôpital, incapable de bouger, avec beaucoup de douleur. À part toutes les séquelles physiques, j'ai un traumatisme crânien cérébral sévère (TCC) avec comme conséquence une paralysie de tout mon coté gauche. On m'annonce que mon conjoint est décédé.
Après deux mois à l'hôpital on me transfère à l'IRPDQ où je serai en réadaptation pendant 19 mois. Je dois tout réapprendre, parler, manger, me laver, m'habiller, enfin toutes les petites choses normales et régulières que l'on fait à tous les jours.
Au contact des autres TCC, je me rends compte que j'ai de la chance (si on peut appeler ça de la chance) de ne pas avoir trop de séquelles psychologiques, les miennes étant plutôt physiques.
En mai 2002, je suis considérée comme étant prête à quitter le centre de réhabilitation. Je dois reprendre ma vie en main. Mais quelle vie? Qui suis-je maintenant?
Impossible pour moi de penser à retourner travailler, je suis devenue beaucoup trop lente et je me fatigue beaucoup trop vite. Ma voix est faible et je dois me forcer pour qu'on m'entende, j'essaie donc d'éviter les soupers ou rencontres de plusieurs personnes où on ne m'entend pas parler.
Je dois me trouver de nouvelles activités mais les cours intéressants se donnent souvent en soirée et je serais trop fatiguée pour y assister.
À cause de ma paralysie, je dois circuler à l'extérieur avec un quadriporteur. Je suis très loin de mon vélo ou de mes skis de fond, et l'hiver je ne sors presque plus.
Il m'est difficile maintenant de me faire de nouveaux amis car je ne peux pas les suivre dans leurs activités, soit à cause de ma lenteur, ou de ma fatigabilité.
Mon TCC ne se guérira pas, ça je le sais, alors j'essaie d'apprendre à vivre avec mais ce n'est pas facile car même encore après 8 ans, j'ai de la difficulté à connaître et comprendre la nouvelle personne que je suis.
Au moins j'ai gardé mes facultés intellectuelles et j'ai toujours eu l'aide ma famille autour de moi alors je ne lâche pas et j'essaie de m'améliorer jour après jour mais TRÈS lentement.
Claudine Lelièvre
Ginette Dion, mère d’une TCC
Bonjour, Je suis une femme de Drummondville, ma fille Cynthia a eu un accident d’auto le 3 mai 2002.
J’ai regardé la vidéo de M. Matte. Je ne sais pas pourquoi les médecins essaient de les garder en vie, mais moi je peux vous dire que Cynthia a été presque 6 mois dans le coma et ce n’est pas faute d’avoir essayé de la faire débrancher étant donné que les machines la faisaient vivre. Le neurologue n’a pas voulu, car Cynthia n’avait aucun papier de signé de sa main qui m’autorisait à la faire. Remarquez que le neurologue n’avait pas d’enfant alors il ne pouvait surement pas comprendre.
Elle a été trois ans dans des hôpitaux et centres de réadaptation. Je l’amenais à la maison toutes les fins de semaine, nous allions la chercher en taxi à Trois-Rivières et nous la ramenions le lundi matin. Lit d’hôpital dans le salon, poteau de gavage, couches et « lift » pour la déplacer. Sans compter que j’ai été obligée d’apprendre à lui donner des piqûres pour ne pas qu’elle fasse de phlébites. Nous avons ramené ma fille à la maison après l’avoir fait adapter pour elle. Ça fait maintenant deux ans qu’elle est avec moi.
J’ai moi-même pensé souvent à m’enlever la vie. Aujourd’hui, je sais que ça ne m’aurait rien donné et que j’aurais laissé ma fille avec je ne sais pas qui, alors je suis contente de ne pas l’avoir fait. Le pire dans tout ça, c’est de ne pas avoir de ressource. Le gouvernement nous donne un montant d’argent et on doit se débrouiller avec ça. Alors M. Matte, j’aimerais que vous disiez à toute votre famille que je comprends ce que vous vivez et vous êtes formidable pour la Fondation. J’aimerais tellement avoir un établissement comme ça près de chez-moi, même si ça serait pour avoir une semaine de répit de temps en temps pour continuer à donner à ma fille le meilleur de moi-même.
Bonne chance.
Ginette Dion
28 mai 2007
Marilou Thériault, TCC
J’ai voulu écrire ce livre pour sortir de l’ombre. Pour faire comprendre au monde entier qu’un traumatisé crânien va toujours porter l’étiquette de « traumatisé crânien ». L’accident passé, la réadaptation terminée, on retombe dans l’oubli ! Après avoir eu tant de soins et d’attention, du jour au lendemain, on vous oublie. Plus personne ne parle de « l’épreuve » passée. On doit croire que tout est fini ! Au contraire, rien n’est fini et rien ne sera plus jamais pareil ! Ma vie a changé le 14 décembre 2004 et elle restera changée pour le reste de ma vie. Rien ne sera plus jamais pareil ! Mes relations avec mon fils, avec mon mari, avec ma famille. Plus ne sera jamais comme « avant ». Je pense que les gens ne voient que le superficiel, car ils ne veulent pas voir plus loin. Les gens veulent profondément croire que tout va bien; c’est plus simple ainsi. Les gens demandent : ça va bien ? Ils veulent avoir une réponse positive. Ils ne veulent pas vous entendre vous plaindre sur vos problèmes de vie ! Faux, ça ne va pas bien du tout. On rage de l’intérieur, de ne plus être «comme avant », de ne plus être soi-même ! On essaie d’améliorer notre physique aux dépens de notre psychologique. La descente aux enfers commence ! La détresse nous ronge de l’intérieur, tandis que l’extérieur se concentre à laisser transparaître un faux bonheur, une fausse joie de vivre. Ah ! J’oubliais, c’est ça la vraie vie ! Bienvenue dans ta nouvelle vie ! Celle d’avant n’existe plus, car, de toute façon, ta mémoire refuse de s’en souvenir ! La concentration, l’écoute, la mémoire : tout a sacré le camp en même temps ! Il y a eu une telle déchirure dans mon corps et dans ma tête, qu’il faut se recréer une nouvelle vie. J’ai maintenant 2 vies : celle d’avant et celle de maintenant. À vrai dire, je ne me rappelle plus de celle « d’avant » Je n’ai plus de repères, ni de base.
Il faut tout recommencer.
Comme j’ai réappris à marcher, maintenant, il faut réapprendre à vivre. Mais comme ma mère dit si bien : La vie ne nous donne jamais plus que ce que l’on est capable de supporter. Je crois réellement que cet accident était tracé sur le chemin de mon destin. À moi, maintenant, d’apprendre à tout gérer et de remettre les priorités dans le bon ordre, dans ma tête, et dans mon âme.
Cheminement pour lequel, je sens le besoin de tout mettre sur papier !
Bienvenue dans le monde des traumatisés crâniens.
J’ai été, je suis, et… je ne serai… plus jamais pareille! Jamais je n’aurais cru devoir recommencer ma vie après seulement un quart de siècle.
Marilou Thériault, traumatisée crânienne ………..



